Le coaching dans tous ses états

Rédigé par Nathalie Legrand - - Aucun commentaire

Je souhaitais écrire un billet d’humeur sur le coaching afin de partager avec vous mon point de vue sur le sujet. Il faut savoir que le coach peut exercer dans différents domaines tels que l’entreprise, le sport, etc... Celui qui m’intéresse aujourd’hui c’est le coach en développement personnel. En effet, ayant élargi depuis peu mon activité à l’accompagnement, je me suis penchée plus avant sur cette profession qui semble, au fil du temps, s’être débarrassée de son statut de phénomène de mode pour s’inscrire et s’ancrer dans une véritable demande de la société. La preuve en est. De nombreuses écoles dispensant des cours, proposent des formations (certaines agréées par l’état) et délivrent des diplômes. Pour confirmer ce fait, il faut savoir que pas moins d’une centaine d’écoles de formation de coaching ont vu le jour entre le début des années 2000 et 2018. Bien que je connaisse déjà quelque peu cette profession, je l’ai découverte davantage via le biais de groupes évoluant sur les réseaux sociaux. Outils de notre époque tout aussi labyrinthique qu’indispensable pour pouvoir mettre en exergue son activité. Bon je l’avoue, bien que ce terme ait été recueilli entre les fines pages du célèbre Petit Robert, je ne lui porte pas une grande affection et lui préfère celui d' accompagnement.

Bref. Il y a quelques semaines de cela, j’ai glissé un pied dans l’encoignure de la porte du plus connu des réseaux sociaux pour découvrir et analyser ce que vous vous apprêtez à lire. Alors tout d’abord, j’ai été dérangée par les qualificatifs pouvant être additionnés au terme de coach. Certifiés, agréé, professionnel certifié, coach de vie certifié, bref, des nominations à rallonge qui, si je me place du côté du profane en la matière, m’embrouille quelque peu l’esprit et n’est en rien probant (en tous cas en apparence) pour m’aider, le cas échéant, à définir un choix. Ma volonté de comprendre m’a incitée à réfléchir plus avant sur le pourquoi de cette addition de termes, ce qui a abouti à quelques hypothèses (digne d’un sujet bac filière Économie et social) pouvant paraitre « à approfondir » pour certains, hasardeuses pour les plus sceptiques et complètement ridicules pour lesdits concernés. Bref, cet amalgame de mots n’aurait-il pas pour but de mettre en avant la crédibilité d’une fonction (celle de coach) dans un marché qui semble être aussi concurrentiel que redoutable ? Mon versant psy, quant à lui, me fait pencher pour un postulat inconscient, celui d’un manque d’estime d’une activité se concrétisant à travers un conglomérat de mots ayant pour (unique) objectif de rassurer. J’ai découvert, dans cette multitude d’énoncés, qu’il existait aussi des coachs spécialisés (en accompagnement des femmes, des traumatismes, du deuil, en confiance en soi). Et là pour le coup, je trouve cet aspect plutôt éclairant. En effet, une personne un peu perdue peut ainsi se projeter à travers une problématique aux lignes clairement définies et identifiées.

Une fois cette étape passée, je suis allée découvrir les sites web des coachs (il va sans dire que tous n’en ont pas). Et là, il m’a été offert de traverser une jungle d’hébergements, certains plus engageants de par leurs formulations, leurs offres, leurs illustrations que d’autres, moins attrayants, et ce, selon les mêmes critères. Je reprendrai pour résumé ce point, le titre d’une chanson d’Étienne Daho chantée en duo avec Jacques Dutronc « Tous les goûts sont dans ma nature ». Malgré tout, un a particulièrement retenu mon attention grâce à quelques tournures qui n’ont rien à envier aux plus célèbres élucubrations de Jean-Claude Van Damme. Je vous en livre une et vous laisse seul juge. « Pour que les choses changent, il faut changer les choses » !!! PS : La drogue c’est du poison !!!

Puis, je me suis penchée sur les interventions des différents coachs ou autres professionnels quand ces derniers interviennent suite à une problématique exposée par un intervenant. Et là, sept fois sur dix, il faut bien l’avouer, j’ai vraiment l’impression d’assister à un déballage d’un grand n’importe quoi. Je m’explique. Il y a tout d’abord des avis ? Des aides ? Je ne sais pas trop, qui à mon sens, tombent (voire s’écrabouillent) à côté. Je cite : Je n’ai plus goût à rien. Réponse : Lis de la philosophie. Une autre : Je suis en plein burn-out. Réponse : Tu connais les huiles essentielles ? Sans compter ceux qui balancent un concept (toujours le même) semblant pouvoir résoudre tous les maux de tous les intervenants. Il est possible de penser que cette théorie a sans doute fonctionné pour ledit concerné qui prodigue à qui mieux mieux son avis telle une distribution d’hosties lors de la messe dominicale. Mais là, je tiens quand même à rappeler que ce qui est valable pour soi ne l’est pas forcément pour autrui. De plus, balancer à la volée (parce qu’il n’y a pas d’autre mot) un précepte sans accompagnement demeure être, au mieux, improductif et au pire … je n’ose l’imaginer. Et puis, il y a celles et ceux qui viennent faire leurs pubs en proposant leurs services et/ou en contactant directement en Message privé et/ou en ajoutant leurs commentaires à une liste aussi longue qu’une file d’attente d’avant confinement pour acheter du papier toilette. Plaisanterie mise à part, comment une personne peut-elle ne pas se perdre ? Sur quels critères doit-elle orienter son choix ? Sur quelles réponses peut-elle s’appuyer ? Agir de la sorte, n’est-ce pas rajouter de la confusion à sa propre confusion qui l’a emmené à se (dé)livrer en quelques mots ? Si une large majorité d’agissements me font bondir (a minima), c’est parce tout d’abord, ils discréditent les accompagnants sérieux, leur professionnalisme tout autant que leurs investissements dans leur activité. D’autre part, ils mettent à mal la confiance de ces femmes et de ces hommes qui viennent déposer en quelques mots, telles les aigrettes d’un pissenlit éparpillées aux quatre vents, un pan de leur vie, un mal-être, un ressenti pour soudainement se retrouver nu devant nous.

Pour nuancer ces propos, je tiens toutefois à préciser que j’ai pu constater qu’une minorité de coachs agissent, quant à eux, de manière très professionnelle avec finesse, doigté et bienveillance. Ces derniers ont une approche que je qualifierai de rassurante et confiante. Alors oui, il est vrai que je ne suis pas forcément impartiale dans cette analyse puisque je reste très sensible à ces intentions qui à mon sens demeurent être primordiales dans l’accompagnement.

À mettre en lien avec l’activité d’accompagnement, il y a plusieurs choses importantes que j’ai pu retirer de mes expériences. La première c’est de comprendre qu’avoir les deux pieds dans le pédiluve ne signifie pas que l’on a l’intention de grimper tout de suite sur le plongeoir le plus haut de la piscine ! Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une personne demande un soutien, une réponse, qu’elle est prête à s’engager dans un accompagnement. Et la moindre des choses que nous lui devons, nous professionnels, à cette personne, c’est le respect. Le respect de la parole confiée ainsi que celui de la démarche (courageuse) qui peut (possiblement) aboutir à un accompagnement. Ce dernier prendra effet sans doute demain, après-demain, dans des semaines, voire des années ou alors jamais. Cela ne nous appartient pas. Nous devons rester humbles et savoir faire deux pas en arrière pour apprendre à lire entre les mots, à écouter les silences, à respecter les hésitations à entendre les troubles et à être prêt pour accueillir le moment venu, si besoin est. C’est une question d’éthique.

« Toujours se rappeler qu’écouter c’est donner. Pas seulement des réponses, mais de la présence (…). Ce temps d’écoute préalable donne à nos réponses une authenticité, un poids et une efficacité accrue. Christophe André. « Trois amis en quête de sagesse ».

La deuxième chose que j’ai comprise, il y a peu, c’est qu’à mon sens pour accomplir au mieux cette merveilleuse profession qu’est l’accompagnement, il faut avoir explorer ses propres failles, toucher ses propres blessures si douloureuses fussent-elles et surtout porter un regard curieux et toujours bienveillant envers la nature humaine. Pour être tout à fait sincère, je n’aurais pas été à même de tenir de tels propos il y a quelques années de cela quand j’ai débuté ma profession d’éducatrice. C’est la (ma) vie qui m’amène à penser de cette façon-là aujourd’hui.

Pour finir, je tiens à préciser que je ne suis pas coach, mais que j’ai fait le choix d’exercer cette activité d’accompagnement de manière complémentaire à  celle de l’écriture, de la tenue de conférences et de vidéos. Mon expérience, mes apprentissages, mon cheminement, mon histoire, mes écrits, mes livres, ma vie sans cesse en chantier demeurent être là mon unique, mais ô combien précieuse légitimité. Contrairement aux coachs qui travaillent plus sur le présent et le futur, j’aime aussi intégrer dans mon travail  des éléments du passé de la personne. Ceux-ci me semblent bien souvent indispensables pour réfléchir, comprendre et travailler sur la résolution de la problématique.

Vous l’aurez bien compris, ce billet d’humeur n’a pas pour but de discréditer le métier de coach. Il est là pour l’éclairer sous le prisme des réseaux sociaux. Je suis tout à fait consciente que cet angle de vue n’offre qu’une vision parcellaire de cette pratique, c’est pourquoi mes analyses ont élaborées qu’en conséquence de ce fait.

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