C’était mieux avant

Rédigé par Nathalie Legrand - - Aucun commentaire

C’était mieux avant. Qui n’a pas prononcé l’affirmative bien souvent enveloppée de nostalgie, qui n’a jamais espéré fouler encore ses terres d’antan embaumées de bonheurs surannés ? La réflexion est venue se poser aux abords de ma pensée alors que mon mari me relatait le contenu d’une rencontre qu’il venait d’avoir avec d’anciens collègues. Ces derniers l’avaient questionné sur une rumeur évoquant le fait qu’il puisse reprendre ses anciennes fonctions quittées il y a environ trois ans.

En effet, si la tournure est venue chatouiller mes neurones, c’est parce qu’elle semblait embaumer l’anecdote du désir que mon mari réintègre ses anciennes fonctions. Mais pas seulement. Lors d’échanges fortuits, des propos aux mêmes objectifs se suspendaient aux lèvres des aspirations d’une poignée d’individus, et ce de manière aussi immuable que Noël s’affiche au calendrier tous les ans le 25 décembre.

Même si l’aspiration ne se formulait pas systématiquement de manière aussi concrète, elle s’infiltrait dans des remarques de lassitudes embuées de démoralisation. « Les projets n’évoluent pas depuis que tu es parti », « nul ne s’oppose aux directives sans sens », etc. « Mais il te regrette encore ? » est la seconde réflexion qui me soit venue.

Au vu des faits, cela semblait être la réalité.

Bien loin de vouloir minorer les (regrettées) qualités de bienveillance semées dans les méthodes de management de mon mari, je trouvais que ce temps de pouvoir ou de vouloir enjamber la situation de son départ, autrement dit celui d’un deuil à faire, était long, très long, quasi pathologique. Depuis mille quatre-vingt-quinze jours, le fonctionnement de quelques personnes paraissait s’être englué dans un pan reculé de l’existence. Ce frêle ensemble de femmes et d’hommes demeurait ressentir au mieux une nostalgie, au pire éprouver des difficultés réelles, les empêchant d’envisager leur bien-être professionnel de façon positive. L’évènement d’apparence anodin pointait d’un doigt le phénomène emmailloté dans une réalité crue, celle de mettre une part de leur bien-être au travail autant dans la présence que dans l’absence de leur ancien responsable.

A y regarder de plus près, le travers de cet idéalisé « c’était mieux avant » gavé aux meilleurs souvenirs pourrait devenir un piège pour l’égo. Dans la mesure où mon mari accepterait de reprendre son costume de ses anciennes fonctions, car shooté par l’adrénaline du désir de certains de ses ex, futurs collègues, il adviendrait de ces derniers, sans doute une déception. Celle que leur nouveau chef ne soit plus à la hauteur. En effet, il est aisé de penser que les attentes seraient alimentées autant d’espérances que de frustrations. Une fois les premières établies dans les habitudes courantes, les secondes, fruits du sentiment d’abandon de l’époque, prendraient rapidement leurs aises quitte à balayer leurs voisines d’un revers de revanche.

Inconsciemment, les concerné(e)s seraient alors en mesure de lui présenter l’addition de leurs souffrances affichant un coefficient multiplicateur à plusieurs chiffres. Si j’évoque entre ces lignes l’épisode, c’est qu’il dévoile un état de fait bien souvent dissimulé dans d’inconscientes résignations aux racines profondes et multifactorielles. Cet état de fait est qu’il n’existe pas de sauveurs de sa propre existence, d’individu providentiel. Nous seuls détenons les clés de notre vie, de notre bien-être, de notre mieux-être. Seulement nous, avons le pouvoir de transformer des acquis en merveilleuses opportunités, de tenter d’autres expériences, d’aller se confronter à l’ailleurs, de s’offrir une vue dégagée sur l’avenir. Nous seuls.

Pour finir, je dirais que le « c’était mieux avant » peut présenter des atouts positifs lorsque l’on va y piocher bonheurs et joies, lorsque l’on s’y attarde de temps à autre pour y laisser flâner son âme, pour s’y ressourcer. Il est alors joyeux de fredonner une musique sur laquelle nous dansions autrefois tout comme il est heureux de se replonger dans un souvenir de lecture, un parfum tiède de sable fin, une saveur onctueuse de chocolat chaud qui avaient, à l’époque, ouvert en grand les fenêtres de notre existence, fait vibrer notre cœur.

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