Le droit à douter

Rédigé par Nathalie Legrand - - Aucun commentaire

Nous Vous Ils : n°2

Ce billet d’humeur est le second d’une série dont le nombre n’est jusqu’à aujourd’hui non défini.
Tous sont le résultat du regard que je porte sur notre société, ils sont rédigés dans une volonté d’amener chacun d’entre-nous à la réflexion, d’où le sous-titre « Nous. Vous. Ils. ».
C’est un échange avec mon mari qui m’a incité à écrire ce billet d’humeur. En effet, alors qu’il se questionnait sur la véracité de certains passages scientifiques d’un travail visant un large public, un collègue lui a demandé s’il était complotiste. Dire cela laisse-t-il planer le fait que remettre en cause des données aux origines floues est complotiste ? Si tel est le cas, il est aisé de penser que Jean Moulin ou bien encore Lucie Aubrac se verraient aujourd’hui qualifiés de conspirationnistes.

Personne n’oserait faire le lien, mettre un pied au-dessus de l’abîme et pourtant leurs décisions de résister à une dictature qui ne disait pas son nom trouvent ses racines dans ce droit à douter. Ce droit est l’alpha sans l’oméga de la préservation de notre démocratie. Les esprits chagrins, oserais-je écrire contradicteurs, peuvent m’avancer que ce droit présente un inconvénient, celui d’accorder nulle confiance en rien ni en personne et de fait, d’être contraint d’avancer dans un futur ou la défiance serait légion. C’est vrai. C’est en cela qu’il est nécessaire d’user de celui-ci avec raison et discernement, quand nos intimes convictions et nos valeurs sont ébranlées.

Par qui et pourquoi ce droit à douter est mis à mal ?
La réponse à la première partie de la question est simple. Par les gouvernants et autres décideurs de toutes castes. Le pourquoi résulte d’une volonté tenace enkystée dans les égos. La domination. Celle-ci se nourrit dans l’asservissement des populations qui par crainte (du jugement d’autrui, d’être exclu d’une majorité, d’être réprimés…), par lassitude, par adhésion aux idées gouvernementales laissent s’étouffer les braises de ce droit.

Pourquoi une minorité d’entre nous s’empare de ce droit à douter ?
Outre les éléments nommés ci-dessus, une des manières d’agir des puissants apporte un autre élément de réponse. Étourdir les esprits pour mieux les manipuler. Pour cela on nous noie dans une multitude d’informations imprimées d’encres ténébreuses, et ce, grâce à de généreux accords passés avec les médias. Ainsi pêle-mêle un déficit de pluie aux conséquences anxiogènes tutoie le décès de membres de forces de l’ordre dans un accident routier causé par un individu conduisant sous l’emprise de stupéfiants, l’annonce de l’âge de la retraite à 64 ans étreint violemment des communications de l’OMS sur la possible résurgence d’une pandémie, la manière d’agir de la représentante de la France à l’Eurovision de la chanson culbute la dernière formule provocatrice du Président de la République.

Je pourrais en détailler mille autres démonstrations, et ce jusqu’à la nausée.

Il est ainsi simple de comprendre que nul ne peut s’encolérer systématiquement contre ce tsunami d’informations sous peine d’épuisement mental. Happé par cette fatigue, il devient alors légitime de lâcher-prise sur ces courants d’actualités charriant bien plus de nouvelles angoissantes que de faits divers heureux. Pour ceux qui, tel le bouchon de liège, surnagent dans ces flux, un écueil demeure. Celui de ne pas prêter l’attention nécessaire à une actualité primordiale, car happée par une de ses consœurs davantage tapageuses.

Un autre outil de manipulation décrit par Noam Chomsky en mesure de mettre à mal ce droit est de faire appel à l’émotionnel. Pratique que les décideurs ont utilisé par exemple dans le cadre de la pandémie lorsqu’ils préconisaient aux grands-parents de ne pas partager le repas du 25 décembre avec leurs petits-enfants sous peine que ces derniers, criminels en puissance car transmetteurs du virus, les amènent au seuil d’un trépas environné de cadeaux jamais déballés. Dans ce cas de figure, le linguistique explique que « faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter la rationalité et donc le sens critique des individus… ».

D’autres outils sont déployés. Tant d’autres.

Il nous appartient de les mettre en lumière, et ce avant qu’ils annihilent ce droit à douter qui demeure être un des garants de nos libertés.

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